Né de l'éventail
De la résidence princière à la ville moderne
Plusieurs légendes se rapportent à la fondation de la ville-éventail, du prince assoupi au retour d'une journée de chasse astreignante et rêvant à une ville édifiée selon un plan géométrique, à une dispute conjugale, qui poussa le bon vivant Charles Guillaume à abandonner sa résidence de Durlach pour s'installer à Karlsruhe. La réalité fut beaucoup plus sobre que les récits. Après les dévastations de 1689 dues aux suites de la «Guerre d'Orléans», la ville et le château de Durlach furent la proie des flammes. Les ambitieux plans du margrave de Baden-Durlach, calqués en quelque sorte sur le Château de Versailles, pour la reconstruction de son château, le Karlsburg, et l'expansion de la ville, s'opposèrent aux caisses de l'Etat vides, au plan exigu de la ville datant du Moyen Age et au refus des citoyens. Charles Guillaume trouva à proximité de son pavillon de chasse dans la forêt de Hardt l'endroit idéal pour une résidence non-fortifiée qui, selon les idées de l'époque, témoignait de sa toute puissance. En 1715, il commença la construction du château et de la ville selon le plan en éventail devenu célèbre dans le monde entier. Trois ans plus tard, le margrave y transféra également l'administration. Les officiers de la cour quittèrent Durlach pour s'installer à Karlsruhe. La ville-éventail était devenue la ville des fonctionnaires comme le remarqua encore en 1825 Friedrich List, fondateur de l'Union douanière allemande.
Pendant des générations, la vie quotidienne fut influencée par la vie de la cour. Les citoyens se trouvaient aux services du gouvernement ou étaient dépendants du margrave et du grand-duc sur le plan économique. C'est pourquoi l'idée de la République badoise, instaurée pour quelques semaines à Karlsruhe par les indépendantistes en 1849, ne fut pas partagée par tous. Les habitants de la ville-résidence acclamèrent avec enthousiasme le retour du grand-duc Léopold après l'abolition de cette première République sur le sol allemand.
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Arroseuse de la plus vieille caserne de sapeurs-pompiers d'Allemagne, musée «Pfinzgaumuseum»Dans le cadre de l'industrialisation, la ville se distança petit à petit du grand-duc et de son gouvernement pour développer une existence autonome. Entre 1871 et 1914, la population passa de 36500 à 145000 habitants. La croissance de la population fut étroitement liée au besoin en main-d'œuvre des différentes usines : Maschinenfabrik Kessler, Deutsche Metallpatronenfabrik, Haid & Neu, Junker & Ruh, Hoepfner et Moninger, Sebold et Gritzer à Durlach, ou Senecca à Mühlburg. Les ouvriers des nombreuses fabriques de Karlsruhe et des environs qui représentaient plus de la moitié des nouveaux venus dans la ville en modifièrent entièrement la structure. Le pourcentage de fonctionnaires travaillant à la cour, dans l'armée ou au gouvernement passa de 35 pour cent en 1825 à 22 pour cent en 1882 avant de chuter à quelque 15 pour cent en 1907 par rapport au nombre total des employés. Par contre, le pourcentage des emplois dans les secteurs industriels et artisanaux augmenta de 54 pour cent (en 1882) à 70 pour cent (1907). Dès le début du 20e siècle, Karlsruhe avait perdu son caractère de ville de fonctionnaires. La ville-éventail qui offre actuellement le plus grand nombre d'emplois dans le secteur des prestations de services (1998: 150000 de 190000), devint sous l'Empire une grande ville industrielle dotée d'une administration communale moderne. La ville n'était plus dépendante de la résidence. L'administration de la ville prit en charge des missions au caractère moderne comme l'approvisionnement en eau et en électricité, les transports urbains, les prestations sociales et la stimulation des activités économiques. La plus grande conscience individuelle se refléta dans de nombreux projets architecturaux. L'ouverture du port fluvial sur le Rhin en 1901, entièrement financé par la ville, fut le symbole de l'émancipation définitive de la ville par rapport à la cour.
Mathias Tröndle
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